Le théâtre fait-il partie de la littérature ?

    Le théâtre est-il de la littérature ? Un vrai écrivain pour le XVII - XVIIIe siècles est un écrivain de théâtre. Voltaire voulait être retenu à la postérité pour ses talents de tragédien. La vraie voie, la voie royale, c'était alors le théâtre !


Approche lexicale / textuelle

    Le théâtre est un genre littéraire et un lieu. Ce mot est ambivalent. Le mot Comédie possède cette même ambivalence : comédie désigne n'importe quelle pièce de théâtre jusqu'au XVIIIe siècle. C'est aussi un lieu : La Comédie française.
   
    Dans les pièces de Shakespeare et notamment Hamlet, la question de l'identité est omniprésente. Un rôle théâtral déplie l'identité. La pièce de théâtre est un dépliement, presque un déploiement. Hamlet se pose sans arrêt la question de l'être ; il refuse l'apparence. En latin, il faut le savoir, personna signifie "masque".
  
    Le cinéma n'est pas tout à fait considéré comme du théâtre. Pour Mesguich, "au théâtre, on joue ; au cinéma, on a joué". Pour Jouvet, "le cinéma, c'est du théâtre en conserve".
    Le théâtre est action car il demande une représentation matérielle.


Approche mythique

    Dionysos est le Dieu du vin, mais aussi de l'énergie vitale et du théâtre. Il est lié à la tragédie : trag / oedia : tragos (le bouc) ; on sacrifiait un bouc en l'honneur de Dionysos avant la représentation, ou alors, le gagnant du concours recevait un bouc. Les tragédies célèbrent en outre souvent des héros. Le héros se sacrifie. On sacrifiait un bouc car c'est l'aspect des satyres qui accompagnaient Dionysos.
    La comédie, quant à elle, vient de Comos, qui est un chant en l'honneur de Dionysos. Dionysos et le théâtre sont donc fortement liés.
    Le théâtre est purgation : il enlève la violence sociale à l'intérieur de la cité. Il a un effet de catharsis.

    La naissance de Dionysos est un mythe bien fourni : Zeus est amoureux de Sémélé qui lui demande de le voir dans toute sa splendeur. Elle meurt foudroyée. Zeus porte alors l'enfant de Sémélé dans sa cuisse.
       Zeus tombe amoureux de Peréphone, mais Héra (sa femme) est extrèmement jalouse. Elle attend que Dionysos soit né et le donne aux Titans. Ces-derniers le déchirent en morceaux, et le font cuire. Athéna retrouve son coeur et Dionysos va alors renaître. Dionysos signifie en effet "né deux fois".
    Zeus déguise souvent Dionysos en petite fille pour le cacher de sa femme. De là viendrait peut-être la comédie ?
   
    Un jour Zeus transforme Dionysos en cheval pour le cacher encore une fois d'Héra. Mais elle le reconnaît et le frappe de folie. Dionysos erre de par le monde. C'est Cybèle qui le guérit. Pour la remercier, il célèbre son culte sous la forme d'une représentation théâtrale. Mais ceux qui refusent de s'y rendre siont sévérement punis : frappés de cécité et de folie, déchirés par les Bacchantes. Toutes les femmes de Naxos deviennent folles et tuent leurs enfants.

    Dionysos est enlevé par des pirates qui veulent le revendre comme esclave. Tous les marins croient que le bateau est pris dans des algues parce que Dionysos le mime très bien.

    Le théâtre est donc violent par la naissance du Dieu, et par la cruauté et la vengeance qui habite Dionysos. Le théâtre doit être un lieu de terreur et de pitié. Au XXe siècle, des auteurs expriment une certaine nostalgie : Artaud voudrait par exemple revenir à un théâtre plus cruel.


Spécificité du genre dramatique.

    -Critères formels.

       Une pièce de théâtre doit être représentée : elle n'est pas vraiment faite pour la lecture ou l'écriture. La pièce joue sur l'écriture mais surtout sur le visuel et l'auditif. Roland Barthes qualifie le théâtre de polyphonie informationnelle : le théâtre donne plusieurs informations par des voies différentes. Pour Artaud, il faut insister sur la vision et les codes du théâtre.
       Une pièce peut être représentée de manière différente : dans le Misanthrope, au début de la pièce, Alceste peut aussi bien être révolté contre la société de son époque, que mélancolique, boudeur. Les deux représentations se justifient. Il faut savoir que tout texte de théâtre est un palimpseste.
      
    -Compromis entre un texte et une représentation.

   
   La représentation est primordiale : c'est la finalité du théâtre. C'est un peu comme une partition qui n'existe que dans le moment où elle est jouée.
       Il ne faut pas confondre théâtralité et spectaculaire. Le théâtre doit surligner ce qu'il y a dans le texte. Le texte n'est plus seulement un prétexte. Dans les années 1968, il y a eu une contestation des pièces à texte. Le but était de tout improviser. La troupe Z était très violente.
       Jean Vilar institutionnalise le festival d'Avignon en 1947. Le texte est dévalorisé, la primauté du spectacle s'affirme. Le metteur en scène n'apparaît vraiment qu'à la fin du XIXe siècle. Ce-dernier est souvent en rivalité avec l'auteur. Des auteurs choisissent parfois leur metteur en scène. Genêt a par exemple travaillé avec Blin et ils ont livré une abondante correspondance. Pour Vitez, des metteurs en scène s'attaquent au roman. Certains pensent qu'il faut "faire théâtre de tout". D'autres ont préféré dire : "faire théâtre de rien".
       Pour Ryngaert, "le théâtre doit rester un potentiel de jeu". Certains metteurs en scène ont tendance à verrouiller le texte. Chacun doit proposer une vision mais laisser la pièce ouverte. "La scène n'explique pas le texte, elle en propose un accomplissement provisoire." Pour Mesguich, "le théâtre est une lutte contre l'oubli du sens". Il faut d'autres mises en scène pour en dégager le sens. Des pièces de théâtre de la Renaissance ont été modernisées : la mise en scène s'inspirent alors de l'époque contemporaine.
       Il y a certains genres théâtraux où la représentation est très importante comme la Commedia dell'arte (une comédie professionnelle avec de nombreuses improvisations et des personnages types : Arlequin, Clymène, Colombine, Polichinelle), ou encore le théâtre à machines (le texte n'est édité qu'après la représentation).

       -La primauté du texte

        Musset écrit d'abord pour des lecteurs et non pour des spectateurs ; il écrit donc dégagé des contraintes techniques. Il ne se pose pas la question de savoir si la pièce pourra être représentée. Hugo, quant à lui, rassemble des pièces dans un recueil qu'il nomme Théâtre en liberté. La représentation fige trop les choses. Les pièces rassemblées de la sorte sont destinées au théâtre idéal que chaque homme a dans son esprit.
        A l'époque du symbolisme, la représentation est secondaire. Le réel n'est pas apprécié de la même manière. Le théâtre paraît trop matérialiste. C'est une réaction contre le naturalisme et le réalisme. André Antoine est le premier metteur en scène français : il pousse le naturalisme assez loin. Il faut presque faire comme si c'était vrai : les spectateurs sont alors assimilés à des sortes de voyeurs.
        Dans Pelléas et Melisande de Maurice Maeterlinck, les personnages sont stylisés et chaque objet de la pièce a une justification. Il ne s'agit cependant pas de faire vrai. Ce théâtre ne peut marcher que si le symbole est reconnu par la scène et par la salle. Les metteurs en scène sont très scrupuleux : le spectateur doit rester concentré sur le texte.
        Pour Ubersfeld, le théâtre est un art paradoxal. Le théâtre est un texte et une présentation de ce texte. Il est donc à la fois éternel et éphémère. Le théâtre tend vers la poésie mais reste associé à quelque chose de prosaïque. Il est l'art d'un seul mais réclame le concours de plusieurs.


    Selon Jouvet, le théâtre doit être interprété et interprétable. Le théâtre doit donc être représenté mais tout en sachant qu'il ne peut s'y limiter exclusivement. Le genre théâtral fait donc partie de la littérature : il est texte et représentation à la fois. Même si ce n'est pas sa vocation première, le texte de la pièce peut être lu et la lecture en outre est facilité par les didascalies et le paratexte. Aujourd'hui, on va peu au théâtre ; on achète plutôt des livres de théâtre et la seule représentation que nous avons souvent de ces pièces est celle que nous recréons mentalement.
   
      


   
   


Article ajouté le 2007-03-28 , consulté 45 fois

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